À quoi sert une photothèque municipale ? Que contient-elle et comment conserve-t-elle ses photographies ? Telles étaient quelques unes des questions posées à Véronique Guitton, directrice des Archives de Nantes (ville de Nantes et Métropole), invitée de la 11e séance de Pratiques et Usages de l’Image.

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Reconstruction de la cité de l’Hermitage ©Archives de Nantes

Cette séance des PUI a été l’occasion de découvrir un domaine peu connu des photographes et des professionnels de l’image en général, les archives. Contrairement à une idée reçue, les archives ne font pas que conserver, elles accueillent des fonds contemporains et diffusent la photographie selon des modalités variées. Mais reprenons les choses au début.

La vocation première de la photothèque était d’accueillir les clichés des services techniques de la ville (voirie, assainissement, habitat, urbanisme…). Ces services versent leurs images depuis les années 1860 et ainsi, les milliers de photographies accumulées au fil du temps (près de 4000 tirages 13×18 réalisés à partir de plaques entre 1930 et 1950) permettent de suivre les grandes évolutions urbaines (mise en place puis modernisations successives des réseaux, reconstruction du centre après la guerre, extension de la voirie, construction des bâtiments publics). Même aujourd’hui, la photographie sert de notes de terrain et vient compléter les dossiers techniques constitués de plans, descriptifs, commandes aux entreprises… C’est un domaine qui a connu tous les âges de la photographie depuis les plaques de verre jusqu’au numérique.

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Déplacement de François Mitterrand à Nantes ©Ville de Nantes

Le service de la communication est le second pourvoyeur de la Photothèque. Les années 70 et 80 constituent un grand moment d’usage des polaroïds et diapositives. Plus de 3000 diapositives couleurs illustrent les mandats des maires entre 1977 et 1995, leurs déplacements mais aussi les visites des ministres, chefs d’État. Les événements publics nantais sont aussi systématiquement couverts : inaugurations, fêtes, événements sportifs et culturels. Les milliers de photographies prises dans ces moments, souvent en rafales ainsi que le permettent les technologies numériques actuelles, posent de redoutables problèmes aux conservateurs : que doit-on garder, lesquelles peut-on jeter ? Pour Véronique Guitton, le travail ne peut s’effectuer qu’en binôme, l’archiviste pour l’examen documentaire de la photographie, le photographe des archives pour son intérêt artistique. Et puis tout est numérisé, stocké sur des serveurs et mis au service des publics (professionnels, particuliers curieux ou chercheurs) à travers le site de la Photothèque.

http://www.archives.nantes.fr/PAGES/PHOTOTHEQUE/page1.htm

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©Archives de Nantes

Enfin, de tous temps, les services municipaux ont eu recours à des photographes professionnels pour effectuer des reportages. Les Archives de Nantes possèdent ainsi de grands albums in folio sur l’Exposition Universelle de 1878, œuvres des photographes nantais Victor Girard, Etienne Pinard et Marie-Joseph Aumont. Et récemment, les Archives ont apporté leur concours à la réalisation du Dictionnaire de Nantes, publié sous la direction de l’historien Alain Croix. Plusieurs fonds privés ont été aussi acquis pour compléter les collections. Des particuliers déposent leurs archives photographiques, albums de familles et collections particulières. La Photothèque de Nantes est d’ailleurs prête à recevoir des legs, donations, versements garantissant les droits des auteurs de photographes dont les talents en matière de photographie documentaire sur la ville pourraient heureusement apporter des éclairages contemporains.

Au moment où les géants du web et des médias accumulent des milliards d’images, réduisant le plus souvent à néant le droit d’auteur et l’existence même de la notion d’auteur, il peut paraître sain de soutenir un service public comme une photothèque municipale. Photographes, artistes, n’hésitez pas à confier vos archives photographiques, vos droits seront respectés, votre postérité assurée.

  • Merci à Grégory Valton pour la capture d’image de la 11e séance de PUI.