Clairière de BelAir
La clairière de Bel-Air ouverte au milieu du dix-neuvième siècle. Février 2015.

La carte de Cassini représente la forêt de Touvois comme un ensemble compact avec, au nord, le bois de l’Oiselière d’une surface qui semble trois fois moindre. Entre les deux et tout le long de la lisière occidentale de la forêt, il est possible d’identifier une bande de landes et de prairies humides le long des ruisseaux appelés aujourd’hui ruisseau de la Forêt et ruisseau de l’Oiselière. Contrairement à une approche qui donnerait trop d’importance aux remembrements récents, la déconfiture des paysages forestiers de Charette s’opère dès le milieu du dix-neuvième siècle. Le plan cadastral de 1850 montre l’ouverture d’une première clairière au lieu-dit Bel-Air au cœur de la forêt puis le grignotage se poursuit avec l’installation de la ferme du Houx bien visible sur le plan de 1889 et surtout, sur celui de 1914, l’ouverture des grandes clairières agricoles dans la partie nord de la forêt autour du Houx et de la Fresnaie.

La forêt de Touvois est privée. Fossés et talus le long de la route, panneaux d’interdiction et grillages installés par les propriétaires tentent de repousser les visiteurs, et surtout les ramasseurs, cueilleurs et autres glaneurs. Jean-Paul, un agriculteur à la retraite m’indique aussi la fermeture récente d’un chemin traditionnel entre la Madeleine et la Forêtrie. Fermeture contestée par les habitants des villages, habitués à circuler. J’en fait l’expérience le jour où je décide de prendre quelques photographies de la lisière de la forêt pour tenter de montrer ce que les paysans de 1793 pouvaient avoir comme visibilité. Je m’engage sur la voie fraichement goudronnée qui conduit à une grande maison résidentielle et effectivement, sur la gauche, le chemin qui longe la forêt est barré d’une chaîne. Barrage surtout symbolique mais bien dans l’esprit des propriétaires de la forêt.

Car au sud, la forêt est totalement enclose, grillagée. Un chemin carossable constitue le no man’s land comme la voie de surveillance d’un camp militaire. Dans ces conditions, il est difficile d’imaginer la circulation des hommes de Charette. Mais sans doute pénétraient-ils dans la forêt plus au nord, du côté des villages situés sur ses marges, la Guerbillère, la Forêtrie, la Guibretière, la Rivière. De là, des chemins, bien visibles sur le cadastre de 1839, entraient dans la forêt et permettaient de la traverser en direction de Legé. C’est d’ailleurs vers ce bourg que Charette décide d’emmener ses troupes le 7 décembre, pour tenter de s’en emparer avant de se diriger vers les Lucs-sur-Boulogne et rejoindre celles menées par Joly et Savin.

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La forêt du côté de la Madeleine. Février 2015.

Mais la forêt elle-même, au-delà des clotures et des interdits ? Difficile de la comparer avec celle de 1793. Au nord de la route Touvois – Legé, elle n’est plus que lambeaux, futaies clairsemées de jeunes arbres, buissons de houx couverts de leurs drupes rouges à la saison, touffes de fragonnettes aux feuilles tellement dures qu’elles servaient à récurer les fonds de marmite ou à confectionner des balais. Aujourd’hui encore, ces plantes font les bouquets décoratifs de fin d’année des glaneurs impénitents.

Au sud de la route D54, la forêt est moins entamée, sauf sur sa lisière orientale, du côté de Maisonneuve et de Belle Vue ainsi qu’au centre, avec la clairière du château des Jarilles. Le portail à l’extrémité de l’allée laisse penser au promeneur égaré que le château a tout d’un grand. Mais ces clotures, grilles et bâtiments n’existaient pas au moment qui nous occupe. Ils brouillent la vision qu’il est possible d’avoir d’une forêt refuge. D’ailleurs, un coup d’œil sur le plan cadastral de 1914 m’indique que la forêt avait presque disparu. La plantation est récente. Pas de chêne centenaire, pas de traces de Charette et encore moins de ses combattants. La croix de 1860 au cœur de la forêt n’a rien à voir avec la guérilla des années 1793-1794. Il faut chercher ailleurs.