EntréeTouvois
Entrée du bourg de Touvois. Février 2015.

Trois ans de guerre, ou plutôt de petite guerre au sens qu’on lui donne à cette époque pour la différencier des mouvements et des chocs de grande ampleur menés par des armées professionnelles. La petite guerre de Charette est furtive, faite de chevauchées rapides, d’assauts brefs, d’embuscades, de replis, de caches et de nouvelles attaques promptes et surprenantes. Elle est gagnante les premiers mois ; les troupes vendéennes contrôlent le terrain. Mais cela ne dure pas. A la fin du mois de décembre 1793, Charette et ses hommes quittent Noirmoutier, se réfugient quelques heures à Bouin puis s’en échappent quand les troupes républicaines entrent dans la bourgade par trois routes différentes. A partir de ce moment, Charette cherche à prendre des villes qu’il ne garde que quelques jours ou semaines, à saisir des armes, des munitions, des vivres sur les convois républicains mal protégés qui traversent le bocage.

Au fil du temps les troupes du chef vendéen s’amenuisent jusqu’à ne constituer que des bandes qui se gonflent dans la préparation d’une attaque, la défense de leur territoire. Ainsi, quand Charette se situe dans la perspective politique et militaire d’un contrôle de l’espace, ses troupes paysannes rechignent à s’éloigner du lieu de vie, la paroisse, le village. Ils acceptent des déplacements de quelques kilomètres, quelques dizaines au plus, combattent et repartent, souvent dans le désordre. Le danger des colonnes républicaines, la nécessité de se protéger ainsi que la volonté de se venger les font suivre un moment le chef mais sitôt qu’ils le peuvent ils regagnent les bourgs et villages.

Cette diffraction est intéressante, elle peut constituer le moteur d’un autre regard sur le terrain de la guerre. D’un côté le général au panache blanc, Charette qui nous regarde depuis les panneaux qui jalonnent ses anciens espaces de guerre. Charette dont l’aura est convoquée pour nous saisir dans une représentation de l’espace et du passé. De l’autre côté, les paysans vendéens qui se sont soulevés et dont il est rarement longuement question, ces paysans dont les noms sont oubliés, ont disparu, ne font plus trace dans le paysage. C’est de cela dont il est question ici, de la trace des autres.