Panneau Corcoué
Panneau avec la tête de Charette à Saint-Jean de Corcoué. Avril 2015.

En circulant dans le nord du département de la Vendée, je suis passé pendant des années devant ces panneaux « Sur les pas de Charette », souvent intrigué mais les oubliant rapidement, jusqu’au moment où je décide de réfléchir à leur signification. Je ne connais pas l’origine de ce parcours qui ne se limite pas au département de la Vendée mais englobe aussi le sud de la Loire-Atlantique, autour de Legé, Touvois, Corcoué. Une recherche rapide sur les sites dédiés au tourisme ou à la mémoire de la Vendée militaire montre que l’amateur est invité à visiter l’Historial de la Vendée, le Logis de la Chabotterie et l’église des Lucs-sur-Boulogne. A la Chabotterie, une scénographie récente installée sur 500 m2 est dédiée « à la figure historique du général vendéen et à sa place dans la Guerre de Vendée ». Selon le journal Ouest-France, « casque sur la tête, le visiteur marche sur les pas de Charette, au gré des faits marquants de la Guerre de Vendée« . J’ai aussi commandé à l’association Lucus des Lucs-sur-Boulogne le petit fascicule réalisé semble-t-il pour être aussi « Sur les pas de Charette ». C’est une biographie de huit pages, illustrée de cartes postales anciennes, indiquant sommairement les déplacements du général vendéen entre son départ de Fonteclose (près de Challans) jusqu’à sa capture près du château de la Chabotterie. Ainsi, se situer sur les pas de Charette consisterait à connaître et arpenter les lieux de ses principales villégiatures pendant la guerre qu’il mena à la République de mars 1793 jusqu’à sa mort le 29 mars 1796.

Les panneaux présentant le général sont inspirés du portrait en pied de Paulin Guérin réalisé en 1816 et qui figure au Musée d’Histoire et d’Art de Cholet au milieu de la galerie des chefs vendéens. Le choix de cette image n’est sans doute pas dû au hasard. C’est un portrait flatteur. L’homme blessé est un héros. Il est, écrit J.-C. Martin, l’illustration de l’insurrection. On peut donc penser que, par la diffusion de sa tête au panache blanc sur les routes du domaine militaire, c’est l’amplification de son aura qui est recherchée. Car loin de l’affaiblir par sa dissémination, comme l’expliquait Walter Benjamin à propos de la reproduction de l’œuvre d’art par des moyens mécaniques, la figure de Charette invite à parcourir le territoire pour participer à la production et au renouvellement de sa légende.